Apprendre le Hochdeutsch à Berne

Publié le par Vuille

On est tous d'accord, il faudrait vraiment être bête de choisir d'aller en Suisse alémanique pour apprendre le bon allemand. Et bien c'est exactement ce que j'ai fait en venant à Shanghai pour apprendre le chinois oral ...

Ah, le dialecte shanghaien, c'est tout un programme ! Chaque fois qu'un habitant de cette ville m'adresse la parole, je dois mettre en route mon processeur à double filtre : le premier pour passer du shanghaien au chinois mandarin de Pékin (le Pudonghua) et le second pour traduire du Pudonghua au français. Et inutile de vous dire que mon processeur chinois, fraîchement installé, ne tourne pas bien vite. En plus, fréquenter des Shanghaiens aura inévitablement pour conséquence de coller un méchant accent du cru sur mon chinois parlé.

La comparaison avec un processeur n'est pas mauvaise. Le chinois parlé ce n'est qu'une succession rapide de monosyllabes, un peu comme les 0 et les 1 d'un code binaire informatique. Un son unique sorti de son contexte, comme un 1 ou un 0 tout seul, ne veut rien dire. Lorsque l'on combine au moins deux monosyllabes, on commence à pouvoir saisir le sens sens d'un mot si l'on connaît le contexte ou si le mot n'a pas trop d'homophones. Et lorsque l'on a arrive à traiter plus de deux sons, alors seulement on peut comprendre une phrase entière. Mais traiter assez rapidement cette masse de 0 et de 1 débitée à haute fréquence par un interlocuteur chinois exige non seulement de bien différencier les sons (avec leur couche de shanghaien et leurs fines nuances d'accents), mais encore de connaître suffisamment de vocabulaire.

Heureusement qu'il y a encore, dans tout ce capharnaüm, le chinois écrit, ma planche de salut. Quel bonheur de pouvoir le lire ! C'est également la planche de salut des chinois venant de différentes régions qui n'arrivent pas à se comprendre. S'ils ne parviennent pas à faire passer le sens d'un monosyllabe par oral (par exemple en donnant des mots connus dans lequel il est utilisé), ils écrivent alors le caractère correspondant sur la paume de leur main.

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