Le Hu Kou, c'est bien

Publié le par Vuille

Je provoque un brin, mais voici quelques réflexions sur les effets bénéfiques du Hu Kou et du contrôle de la circulation des personnes en Chine (voir notamment l'article du 27 avril 2006). Pour rappel, le gouvernement maintient séparés une population urbaine privilégiée, notamment à Shanghai, et des pauvres des campagnes qui peuvent venir travailler dans les villes à des conditions restrictives et sans bénéficier des mêmes droits que les citadins (pourtant la constitution chinoise stipule que les Chinois sont égaux, mais bon, la constitution chinoise est lettre morte, voir l'article du 2 mai 2006).

- Les pauvres des campagnes c'est bien pour la construction. Avec ces migrants de l'intérieur, le gouvernement de Shanghai construit vite pour pas cher une ville en pleine expansion et le jour où il y aura surchauffe et début de crise (ce qui ne va pas manquer), il fera retourner tout ce petit monde manu militari dans les campagnes, ce qui est très facile dans un Etat policier. Et les particuliers aussi, comme mon voisin, peuvent en profiter pour faire rénover leur appartement pour pas cher. Il suffit de héler un des nombreux migrants qui passent dans les rues : ils acceptent tous les boulots et se contentent de votre reste de monnaie. Ci-dessous, des migrants sur le chantier de la gare sud de Shanghai.


- Les pauvres des campagnes c'est bien pour l'environnement. Ici, votre bouteille en PET vide est presque instantanément ramassée par un ou une migrante qui se chargera de revendre la matière première. Idem pour les déchets de chantier par exemple. Celui-ci est manifestement spécialisé dans les déchets industriels à base de "sagex". Il a raison, c'est moins lourd.


- Les migrants font faire des économies aux Shanghaiens. Pour quelques yuans, les migrants réparent les chaussures ou les vêtements dans la rue ou vous livrent à domicile les bouteilles de 15 litres du distributeur d'eau de votre appartement. Les plus qualifiés s'occupent de faire la cuisine à domicile ou même au sein des petites entreprises, ou se chargent de garder vos enfants. Voici toute une économie parallèle dont l'exploitation à des tarifs dérisoires est parfaitement légale.

- Le contrôle strict des flux migratoires intérieurs permet de maintenir une importante population paysanne pour nourrir les villes et d'éviter que trop de migrants finissent dans des favelas aux portes des villes.

- Et, enfin, les migrants eux-mêmes bénéficient du contrôle étatique puisqu'une limitation de leur nombre permet de leur garantir suffisamment de petits boulots, et donc un minimum vital.

Naturellement, l'idéal serait de pouvoir garantir le même niveau de vie aux citadins comme aux habitants des campagnes... mais la Chine est un tellement grand pays ! Avant de critiquer, il faudrait considérer ce qui a longtemps été le statut des saisonniers en Suisse et l'exploitation actuelle, par la délocalisation, des différences des coûts de main-d'oeuvre au sein de l'Union européenne ou avec les pays de l'ancien bloc de l'est.

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