Fabrication des iPods en Chine

Publié le par Vuille

Le journal britannique Mail on Sunday a mené une enquête sur les conditions de fabrication des iPod en Chine. Dans un article publié le week-end dernier, on apprend que la marque à la pomme soustraite sa production en Chine à une entreprise du nom de Foxconn qui emploie jusqu'à 200'000 personnes sur un seul et même site. Les employés du site de Foxconn dans la ville de Suzhou, à une heure de Shanghai, gagneraient 100 dollars par mois (environ 800 yuans), mais la moitié de ce montant leur serait facturé pour les frais de logement et de nourriture. Les employés seraient presque exclusivement des femmes choisies parce que "plus honnêtes que les hommes". Les déplacements des ouvrières hors de leur usine - logement seraient limités.

Dans un premier temps, j'aimerais préciser que je ne suis un chantre ni du capitalisme, ni de la mondialisation et que, dans l'idéal, je souhaiterais que tout le monde sur cette terre puisse jouir du même niveau de vie et du même accès aux biens, aux richesses et à la formation (mais... bon sang, je suis COMMUNISTE !).

Cela exposé, soustraiter sa production en Chine (ce sera bientôt le cas d'un objet de consommation sur deux ?) offre en quelque sorte aux entreprises la possibilité d'une double délocalisation, la première internationale et la seconde interne à la Chine. Le gouvernement maintient en effet séparés (et de manière très contrôlée) dans son propre pays les citadins des non citadins, cette seconde catégorie sociale n'ayant pas accès au même niveau de vie (tout simplement parce qu'il n'est économiquement pas possible de le lui garantir, voir également l'article du 24 mai 2006 sur le Hu Kou).

Si l'on admet l'existence du Hu Kou et le nécessaire contrôle des flux migratoires à l'intérieur de la Chine, il en découle que :

- l'employeur doit assurer le logement des ouvriers migrants qu'il fait venir massivement des campagnes éloignées de plusieurs centaines de kilomètres. Pour remettre les pendules à l'heure, c'est également la pratique dans la culture des fruits et légumes au Portugal et au sud de l'Espagne avec les illégaux africains et ... dans mon canton de Vaud pendant les vendanges (j'entends dire "oui, mais ça c'est différent") ou durant la récolte des feuilles de tabac. Ci-dessous, les ouvriers migrants du bâtiment sur un chantier de mon quartier.


- le contrôle des déplacements des migrants est indispensable dans la logique du Hu Kou chinois. Pratiquement, cela a au moins pour effet bénéfique de maintenir une population rurale, d'éviter que toutes les campagnes finissent dans des favelas aux portes des villes et de garantir un minimum de gain aux migrants (puisque leur nombre est limité). En outre, à tort ou à raison, les migrants sont perçus comme plus criminogènes et comme devant être plus contrôlés. On comprend qu'ils puissent céder à la tentation du crime lorsqu'ils se rendent compte des différences de niveau de vie durant leurs séjours urbains.

- Quant aux salaires mensuels versés de 400 yuans, nourriture et logement payés, je pense qu'ils doivent permettre aux ouvrières de renvoyer quelque chose dans leur famille à la campagne. Ma logeuse dans le Pudong (où la vie est sans doute plus chère qu'à Suzhou, voir article du 15 février 2006) s'en sortait avec une rente vieillesse de 1000 yuans, seul le logement étant déjà payé. 1000 yuans, c'est également le salaire minimum dont on m'a parlé pour des petits jobs comme serveur, ou pour un premier emploi dans l'administration.

En définitive, sur un plan purement économique, si l'on accepte l'idée que le gouvernement chinois, pragmatique, ne peut pas (encore?) garantir les richesses des citadins aux non citadins, le résultat de l'enquête du Mail on Sunday n'a rien de choquant. Cela est d'autant plus vrai si l'on considère le fait que les consommateurs occidentaux ne se plaignent en général pas trop au moment de passer à la caisse.

Je propose une solution révolutionnaire : l'iPod fait main à la Vallée de Joux dans une usine où les ouvriers toucheraient un salaire suisse, un treizième et une participation aux bénéfices, avec toutes les assurances et le deuxième pilier, horaires conformes à la Loi sur le travail et 4 semaines de vacances par année. Prix de l'objet, sans accessoires, 5'625 francs dans son modèle de base. Qui est preneur ?

Publié dans Coût de la vie

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