Les minis Tiananmen quotidiens

Publié le par Vuille

Personne n'en parle ici. Parce qu'elles se déroulent dans l'autre monde juste à côté, chez les pauvres des campagnes. Amnesty International parle de milliers de petites manifestations sévèrement réprimées chaque année, souvent liées à des expropriations forcées de terres aux paysans, à la corruption ou à des problèmes de pollution.

Aujourd'hui, je suis, encore une fois, l'humble relais de l'excellent New York Times et d'un article publié dans son édition électronique de ce jour. Etonnement, j'ai pu y accéder (font mal leur boulot de censure aujourd'hui !).

C'est l'histoire du paysan aveugle Chen Guangcheng.


Cette histoire illustre bien que certains Chinois commencent à réclamer les droits inscrits dans les lois chinoises (ça fait plaisir pour un juriste, voir notamment l'article sur la constitution chinoise), que les autorités toutes puissantes peuvent abuser de ces mêmes lois pour justifier n'importe quoi (ça fait moins plaisir) et, enfin, que le système d'un parti unique sans contrôle extérieur est malsain, toute erreur de subordonné étant systématiquement couverte par la hiérarchie sous le prétexte bidon de la "stabilité sociale".

Chen a appris le droit par les lectures de ses quatre frères. Il a découvert qu'en tant qu'handicapé il avait droit à une exonération fiscale ainsi qu'à la gratuité des transports en commun. En 1994, il a obtenu gain de cause contre les autorités du métro de Pékin, les medias relayant son histoire de façon favorable. Manifestement, Pékin pensait pouvoir supporter cette petite vaguelette contestataire contre l'Autorité unique.

Les problèmes de Chen arrivent ensuite. Accueilli comme héro dans son village, le juriste autodidacte devient le porte-parole de la région. Et lorsque le gouvernement local veut faire avorter et stériliser par la contrainte, on se retourne vers lui. Une loi interdit en effet de telles pratiques, seules les amendes étant autorisées contre les couples ne respectant pas la politique de l'enfant unique (politique encore pleinement valable dans les campagnes). Là, Chen est allé trop loin. Le problème, voyez-vous, c'est que le respect de la politique de l'enfant unique par les cadres locaux du parti fait partie des critères d'évaluation pour une éventuelle promotion au sein du même parti. Et comme les amendes ne suffisent pas pour convaincre les paysans à n'avoir qu'un enfant qui leur ramènera de l'argent pour leurs vieux jours, toute autre pratique efficace est tolérée dans les faits.

Et c'est là qu'interviennent les autorités locales (couvertes par la hiérarchie) : Chen ne peut plus voir ses avocats, il est maintenu en résidence surveillée, le village est cerné par la police (et par des bandes de voyous payés par elle) pour faire fuir les journalistes. Et on prépare un procès bidon avec faux témoignages et preuves grossièrement fabriquées pour condamner Chen à la vraie prison, nappée cette fois-ci du manteau de la loi. Ainsi, Chen va être jugé (et condamné, cela va sans dire) pour avoir convaincu des villageois de pousser un véhicule de police dans un canal (les villageois disent l'avoir fait de leur plein gré sous la colère parce que la police refusait d'utiliser un de ses véhicules pour transporter une villageoise souffrante à l'hôpital) et pour avoir bloqué le trafic automobile sur une importante artère (évènement monté de toutes pièces, photographié à titre de preuve par les policiers le maintenant en résidence surveillée).

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