Sphère privée, quelle sphère privée ? - L'exemple de Shenzhen

Publié le par Vuille

J'ai déjà parlé en pas bien de Shenzhen ici. Cette bourgade de 12 millions d'habitants dans la province de Guandong (Canton) juste au-dessus de Hong Kong est envahie par les migrants sans Hukou : 10,5 millions de visages burinés et bronzés qui sentent pas bon pour 1,8 millions d'autochtones pure souche pour être exact.

Eh bien Shenzhen s'apprête à introduire une toute nouvelle carte d'identité électronique pour les migrants, sous le prétexte de surveiller ces dangereux criminels en puissance qui dégoulinent de l'intérieur du pays. Cette nouvelle carte d'identité sera bientôt obligatoire pour les 150 millions de migrants sans Hukou, la population la plus à risque (qui gronde sur la rivière Huangpu notamment). Mais les braves résidents avec Hukou seront certainement les prochains sur la liste.

La puce de cette nouvelle carte contiendra (tenez-vous bien) :

- le parcours professionnel,
- les écoles fréquentées,
- la religion pratiquée,
- l'éthnie,
- le casier judiciaire et les autres renseignements réunis par la police,
- le statut d'assurance-maladie,
- le numéro de téléphone du bailleur,
- l'historique de procréation pour le contrôle de la politique de l'enfant unique,

et sans doute encore :

- l'historique de crédit,
- la liste des paiements effectués avec certains types de carte.

A ce système de contrôle tentaculaire s'ajouteront 200'000 caméras de surveillance interconnectées et boostées avec des logiciels de reconnaissance faciale qui permettront de suivre le parcours de Madame Wang de son domicile jusqu'au prochain salon de thé. Voyez comment ça fonctionne avec les ouatures sur les périfs de Shanghai.


Et pour peaufiner, le repérage par triangulation du téléphone portable de chaque citoyen. Les autorités auraient sans doute préféré le repérage GPS par satellite plus précis... mais ils y arriveront probablement lorsqu'ils se décideront enfin à implanter une puce directement dans chaque Chinois.

Pour les sources principales, The New York Times et Human Rights Watch. Mais dès que j'ai 5 minutes, je passe à Shenzhen pour documenter tout ça avec mes propres moyens.

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