Camion tueur ... et pollueur

Publié le par Vuille

Dans son édition électronique d'hier, le New York Times nous offre le 7ème article (déjà) sur le sujet de la pollution en Chine (voyez ici par exemple). Comme d'habitude, les nains Gollum de service à la censure ont brièvement rendu inaccessible l'article sur Shanghai (et ailleurs en Chine sans doute aussi).

Aujourd'hui, Keith Bradsher nous parle du principal pollueur sur route : le camion chinois (10 millions de verrues représentant un quart du parc automobile actuel), celui à la force duquel toute l'économie chinoise s'est faite et se fait aujourd'hui encore.  Déjà instantanément mortel pour tout piéton qu'il croiserait, le camion chinois, de marque Dongfeng en particulier, tue à petit feu les riverains des routes qu'il sillonne de nuit, parce que de jour les municipalités interdisent souvent sa circulation, comme pour cacher la pollution qu'il cause.

Y a pas besoin d'être scientifique pour remarquer que la fumée noire qui sort de l'arrière-train d'un Dongfeng n'est pas très saine à respirer.

Mais encore une fois, le plus flippant pour notre pauvre planète, ce sont les implacables termes de l'équation à laquelle les caciques de Beijing sont confrontés :

- ils doivent maintenir une croissance suffisante sans trop d'inflation pour faire progresser le niveau de vie de l'arrière-pays qui gronde d'instabilité;

- maintenir cette croissance sans inflation implique de vendre le diesel et l'essence au-dessous de son coût réel;

- ce qui a pour conséquence que le monopole Petrochina vend un diesel de mauvaise qualité, contenant jusqu'à 130 fois plus de souffre qu'aux USA;

- et toujours pour ne pas freiner la sacro-sainte croissance, la clique de Pékin n'impose pas l'achat de camions moins polluants, donc plus coûteux, aux transporteurs (la Chine introduit des camions moins polluants avec 5 ans de retard sur l'Europe en moyenne et chaque bestiole chinoise crache du souffre au rythme de 2000 particules par million contre 15 particules par million aux USA).

Mais que les occidentaux ne se voilent pas la face, cette équation est aussi la nôtre ! Qui voudrait d'une Chine instable qui explose comme l'ancien bloc de l'est ? Et qui voudrait acheter ses biens de consommation courante 10 fois plus cher parce que fabriqués à la Vallée de Joux et transportés sur rails CFF ?

Allez, bons achats de Noël à vous tous ! Et respirez profondément l'air sans particule de souffre qu'il vous reste encore !


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ebolavir 09/12/2007 14:46

J'avais lu l'article quand il a été sur le RSS de Le Monde. Pas de problème d'accès. Mais j'ai l'impression que Tianjin est bien plus relax que Shanghai sur la surveillance d'internet. Par exemple, on ne montre pas ses papiers au cybercafé, juste le billet de 10 yuans. Et on ouvre de nouveaux cafés internet. Je n'ai jamais eu de problème pour lire la presse étrangère grand public; apparemment les seuls serveurs censurés sont des hébergeurs de blogs et de sites perso (plus les grands de la protestation et les politiques exilés, et encore pas tous). Et les anonymiseurs ne sont pas bloqués. Un gag concernant le diesel polluant: sur un article de la presse nationale qui parlait du remplacement massif des autobus de Pékin par d'autres moins polluants, plus économes et plus silencieux, on annonçait des difficultés avec Cummins, titulaire des brevets de la régulation électronique dont les fabricants de moteurs ont besoin. Apparemment, il y a eu une solution. Les nouveaux autobus de Tianjin ronronnent mieux et ne font pas de fumée. Les camions, encore un exemple du retard de qualité de l'équipement. J'ai l'impression d'être en 1970 en France.

Monsieur et Madame Vuille 10/12/2007 09:23

en effet, expérience faite avec Lhasa, Beijing et Dalian, la censure est différente suivant les régions. A Lhasa par exemple, on préférera tout couper, mesure extrême qui ne passerait plus à Shanghai où l'économie a trop besoin du net je pense.